Le bouquin du désormais célèbre Jonathan Nossiter, réalisateur de Mondovino, et auteur donc de ce livre. L'aurait-il écrit (2007) pour surfer sur le succès du film (2004)? Parce que sinon franchement, qui le connaît ce gars? Heureusement, passé le "cinéaste et autrefois sommelier, j'ai la chance d'avoir un double regard sur le vin" de la quatrième de couverture, le résumé fait plutôt envie: "anti-guide du vin", "parcours subjectif des endroits de Paris où l'on peut déguster", "portraits de vignerons", etc...Franchement j'avais bien aimé le film, donc je me lance dans le bouquin. Et plutôt que de le raconter, quoique je vais quand même vous dire qu'il est conforme à ce qui est écrit en 4ème de couv, je vous faire part de quelques petites citations qui m'ont fait corner la page:

"Comme nous, un vin devient plus intéressant quand il se confronte à des difficultés. Les prétendues grandes années engendrent souvent des vins moins nerveux, moins complexe, moins excitants-comme cela peut arriver avec des gens gâtés dès le berceau". Une idée que l'on retrouve tout au long livre, notamment au travers de vignerons (Roumier en Bourgogne ou Joguet du côté de Chinon) qui font déguster à Nossiter les vins de millésimes pas faciles, voire mauvais; du moins ils ne sortent pas THE bouteille, celle avec laquelle ils sont sûrs de faire mouche. On a l'impression qu'ils ont plus de facilité à raconter un vin difficile, et qu'ils lui trouvent plus d'intérêt, de complexité. Tout le monde fait un bon vin les bonnes années, par contre dans les millésimes où la météo n'est pas au rendez-vous c'est moins évident...C'est comme en sport finalement: Federer il préfère gagner 3-2 après un match acharné, que 3-0 avec aucun point qui dépasse trois échanges; et nous, les consommateurs spectateurs, on préfère aussi le match indécis. Donc sur point là , je suis d'accord avec Jonathan. Et à la fin du livre, Jonathan a une révélation: "je me dis tout à coup que le vin, au même titre que les individus, a besoin de subir certaines épreuves de progresser". Là j'ai envie de faire un parallèle avec une référence sportive que seule moi ou presque peut comprendre: c'est comme JP Gatien qui explique que s'il n'avait pas perdu la finale des JO à Barcelone en 92 il ne serait pas devenu champion du monde à Göteborg en 1993. Eh oui, bien vu Jonathan, la défaite de JP Gatien l'a fait progresser. Maintenant le vin n'est pas une personne, mais bon...

"Le côté surréaliste de cette soirée me fait penser, une fois de plus, à Gombrowicz et ses réflexions absurdes sur la maturité (notamment dans Ferdydurke et Cosmos". Oui Jonathan est un intellectuel, alors il faut aussi s'attendre à ne pas comprendre toutes les références...Heureusement Wikipedia est là pour nous aider. et il vaut mieux car quelques pages plus loin..."On est de nouveau chez Gombrowiscz, dans la sphère de Ferdydurke, où le héros est condamné, adulte, à revivre ses années de lycée". Dans le même style j'aurais envie de mettre toute la page 406: Nossiter y cite en 20 lignes Edward Bradley, Homère, Ulysse, Pénélope, les années 30, le fascisme, et si j'ajoute 5 lignes on a aussi Edward Gibbon. Oui y'a des moments faut vraiment s'accrocher pour suivre Jonathan.

"Car l'expérience de boire, de déguster un vin n'est pas loin de celle qu'on cherche avec n'importe quel film ou roman. Il y a une histoire, avec un début, un milieu et une fin". Après quand on dit "alors il raconte quoi ce vin", tout le monde se fout de nous. Mais le vin il raconte quand même une région, un terroir, le travail et les convictions d'un homme, d'une entreprise, d'une multinationale, une année, bref plein de choses! Y'a rien de pire qu'un vin qui ne raconte rien. On le boit et rien qui se passe, aucune émotion. Les vins qu'on aime ou pas racontent une histoire, les vins boisés racontent une histoire, les vins pas chers racontent une histoire, mais alors celui qui raconte rien, c'est la loose totale.

"Mais dès que tu emploies des mots associatifs, convenus, du monde du vin, comme "réglisse, goût de cerise". Oui Jonathan Nossiter, ancien sommelier, a dépassé ce stade des mots convenus. Lui, il parle d'émotions. Mais purée il y a des gens (moi la première:-) qui payent pour apprendre et connaître ce vocabulaire Jonathan! Ceci dit l'idée des cours est plutôt culturelle, conviviale, et personnelle: connaître ses goûts, savoir ce qu'on aime ou pas et pourquoi, et savoir quoi servir, à qui, quand, pour quelle occasion (très important le moment). Et puis après, intello ou pas, c'est des vins de plaisir qu'on cherche, des vins qui ont des choses à raconter. En plus, le pauvre Jonathan est tellement au-dessus de tout, qu'il ne comprend pas le langage des critiques: "Génial! Toi non plus alors. Les vignerons ne comprennent pas non plus le langage tarabiscoté des critiques!" Voilà si vous voulez être à la mode, dîtes que vous ne comprenez pas le langage des critiques, et n'employez pas de mots associatifs ou convenus.

Quelle idée du plaisir peuvent bien se faire les gens qui viennent faire leurs courses chez Auchan? Certes cette phrase est sortie de son contexte, mais je tiens à préciser que Nossiter ne parle pas de vin à ce moment-là, mais des courses en général. Oui, il faut quand même signaler qu'à plusieurs reprises dans le livre on sent qu'on est pas du même monde avec Jonathan. On va pas dans les mêmes restaurants, on boit pas les mêmes vins, on dîne pas avec les mêmes stars, et visiblement on fait pas nos courses au même endroit lol!

Une citation de Robert Vifian, patron du Tan Dinh, dans un quartier miteux de Paris (7ème) : "Pour moi, les alliances du vin sont basées sur la complémentarité ou l'analagie. Tu maries deux personnes qui se ressemblent ou deux personnes qui se complètent. Style un gros avec un maigre, ou bien deux semblables". Voilà j'aime bien cette technique de base des accords mets & vins, et c'est facile à retenir.

Nossiter qui interviewe un vigneron bourguignon (Christophe Roumier): "Te sens-tu submergé par le poids du terroir". Vous pouvez répéter la question? Pour des interviews plus "funs", rien de mieux que dindonswine.

Nossiter consacre également tout un chapitre à Senderens , "qui forme, avec Joël Robuchon et Alain Ducasse, le trio des chefs les plus célèbres de France". Waouh, j'ai mangé chez lui! Et je dois dire que le portrait pas très positif qu'il en fait est assez à l'image de ce que j'avais ressenti ce soir-là. Soirée qui reste néanmoins un grand souvenir pour la qualité de certains plats et les vins dégustés (qui eux n'avaient rien à voir avec Senderens).

Voilà, quelques bonnes ou mauvaises raisons de lire (ou pas) le bouquin de Nossiter, que j'ai pris, quand même, plaisir à dégsuster.

6,95€ dans toutes les bonnes crémeries.